

PAR ISABELLE MASTIN
bethune@info-artois.fr L'année dernière, Bernard avait échappé à la corvée d'arrosage. Forcément, il pleuvait comme... vache qui pisse. Cette fois, avec tous ses collègues des serres, ils se relaient depuis vendredi pour abreuver les fragiles plantations, fleurs et légumes, qui ont poussé comme par magie sur la place Marmottan. « Il faut arroser une fois par jour. » Une couche de sable et une autre de terreau suffiront à préserver le décor jusqu'à lundi soir.
Au bas mot, plusieurs milliers de plants égaient la ville. « On y travaille depuis février. D'abord les semis dans les serres chauffées. Après, en mars et en avril, on rempote en tunnels. » Des heures et des heures aux petits soins pour rendre aux rues leur éphémère habit de campagne. Lilas odorants, arbustes en pot, salades croquantes... Tout est en place. Et tandis que la fête prévoit un clin d'oeil au développement durable, hors de question de tout jeter à la benne mardi à l'aurore. « Les fleurs seront replantées en ville. Les légumes, on les montre aux écoliers. » À Buisson, les bambins cultivent même leur propre parcelle.
Ce qu'on ne cultive pas dans les serres, c'est le gazon. « On l'achète en rouleaux », précise Sandrine Donchez en orchestrant tout ce petit monde. La patronne met aussi la main à la pâte mais là, il fait vraiment trop chaud alors elle a tombé le bleu de travail. Elle est sereine : l'équipe est au taquet. Vendredi et samedi, les services techniques, les menuisiers qui ont usiné la plupart des décors en bois, ont fini d'agrafer les grillages et de répartir la paille. Pour être sûr, l'un des employés a laissé une visseuse en charge, pour les installations de dernière minute. Et puis quelques vis, au cas où.
Clouer, planter, dérouler le gazon... C'est plusieurs semaines de réflexion qui prennent forme. Sous le sable, la place Lamartine n'attend plus que les chevaux de trait, attendus ce dimanche dès potron-minet - en même temps que toute la basse-cour dans une joyeuse débandade. Grand-Place, hier matin, il n'y avait encore rien que des bandes de gazon dessinant des carrés. Les premières traces du marché aux fleurs.
Plus tard dans la journée de samedi, des graines magiques ont fait pousser le décor. Thierry Lesaffre est passé par là, venu d'Aubers avec une idée en tête : recréer au pied du beffroi « un jardin japonais. J'adore les pivoines arborescentes et l'esprit japonais. » Un décor tout en sobriété qui cadre avec la minéralité de la place. Quelques bambous, « un bonsaï géant taillé en nuages », une fontaine au clapotis reposant et la douceur du sable sous les pieds complètent le tableau.
Sous le beffroi, une scène tout aussi zen s'observe à travers les vitres. Un lit de galets enserrant un bassin. Un joueur de flûte a l'air de s'y plaire, qui tout en pierre qu'il est a dû adoucir les longues heures de veille du vigile. Une zénitude pareille, ça se protège.
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